
Je vis dans la Drôme, à Bourg-lès-Valence, depuis un peu plus d’un an. Ma vie n’a rien d’un long fleuve tranquille, mais si je partage mon histoire aujourd’hui, c’est pour mettre des mots sur ce que beaucoup vivent en silence.

Mon parcours avant le diagnostic
Avant que tout n’explose, j’étais sergent dans l’Armée de l’Air, acheteur public.
Un métier exigeant, que j’aimais… mais qui m’a aussi profondément abîmée. Trois ans d’arrêt maladie liés à du harcèlement ont fini par me briser.
Je suis sortie de là épuisée, sans travail, dans une zone “entre deux” où je tente encore de reconstruire un avenir professionnel qui me ressemble vraiment.Dans mon parcours personnel, il y a aussi eu plusieurs diagnostics importants :
un syndrome MRKH, découvert à l’adolescence,
un rein unique droit depuis la naissance,
une maladie cœliaque diagnostiquée en 2021.
Mais rien n’a été aussi bouleversant que la suite.
Et puis, il y a eu le plus gros choc : la bipolarité.
Le diagnostic de bipolarité : le séisme
En janvier 2024, une psychiatre militaire m’a reçue pour un nouveau suivi.
Elle a mis des mots clairs sur des années de souffrance : bipolarité.
Avant cela, on me traitait pour un syndrome dépressif sévère : anxiolytiques, antidépresseurs… mais sans thérapies adaptées, sans vraie stabilisation.
J’ai été hospitalisée de mai à novembre 2024.
Mes traitements ont enfin été ajustés, et surtout… j’ai compris ce qui se passait en moi.
Accepter ce diagnostic a été un choc.
Je ne me reconnaissais pas dans cette étiquette : bipolaire.
Et pourtant, c’était bien mon histoire.
Ce que représente la bipolarité pour moi
La bipolarité, c’est vivre avec des montagnes russes internes.
Des phases « up » (euphorie, excitation, impulsivité, prise de risques).
Et des phases « down » ( dépression, idées suicidaires, perte de contrôle, auto-agressivité, renfermement.)
La bipolarité, c’est vivre à l’intérieur de montagnes russes permanentes.
Les phases maniaques (« up ») :
sentir une énergie inépuisable,
se sentir invincible,
arrêter mes traitements,
boire trop (⚠️ la consommation d’alcool est dangereuse pour la santé),
conduire vite,
rechercher le danger,
hypersexualité,
dépenses impulsives,
irritabilité au moindre détail.
Les phases dépressives (« down ») :
tristesse profonde,
ruminations incessantes,
perte de libido,
scarifications,
pleurs incontrôlables,
tentatives de suicide,
incapacité à fonctionner normalement,
fatigue écrasante,
sentiment de mal-être constant.
Les deux extrêmes ont un point commun : un cerveau qui tourne à cent à l’heure.
Accepter la maladie : un combat intérieur
Le plus dur, ça n’a pas été les symptômes.
Le plus dur, ça a été d’accepter ce diagnostic.
Admettre que j’étais « différente », que je n’étais plus la Marion d’avant.
Je travaille encore dessus aujourd’hui. Mais je progresse, j’apprends, je comprends ma maladie.
Et petit à petit, je me redécouvre.
Mon quotidien aujourd’hui : avancer, doucement mais sûrement
Je suis encore en apprentissage, mais j’ai trouvé une équipe médicale qui me suit vraiment :
• une excellente psychiatre,
• une infirmière,
• des ateliers thérapies (gestion du stress, émotions, expression corporelle, ateliers créatifs),
• un programme d’éducation thérapeutique.
Je retrouve doucement confiance en moi.
Je me rends compte que j’ai des ressources que je ne voyais plus, je les redécouvre.
Ce qui m’aide à tenir : amour, soutien et créativité
Mes traitements sont essentiels.
J’ai appris ce que je devenais quand je les arrêtais… et ce n’est plus une option.
Mon compagnon est mon pilier.
Il m’a accueillie, soutenue, apaisée.
Il a accepté ma maladie, mon chien Titan, mes craquages, mes dettes, mes tempêtes.
Nous allons nous marier l’année prochaine.
La créativité aussi m’aide beaucoup : dessin, coloriage, activités manuelles. Cela calme les ruminations.
Mes animaux jouent un rôle énorme : câliner mon chien ou écouter les ronrons de mon chat, c’est une forme de thérapie.
Mon entourage : entre distance et reconstruction
Ma famille a mis du temps à comprendre ma pathologie.
J’ai pris une année loin d’eux pour me reconstruire.
Nous nous sommes revus en avril 2025 et les liens se retissent. Ils sont aujourd’hui investis dans mon futur mariage.
Du côté de mon compagnon, j’ai été accueillie avec bienveillance.
Et puis il y a ma meilleure amie, Doriane, fidèle depuis cinq ans. Un soutien immense
Les jugements et préjugés : le poids de l’ignorance
Oui, j’ai été jugée.
Trop souvent.Beaucoup pensent que la bipolarité, c’est être “gentil puis méchant”.
Que la psychiatrie rime avec folie.
Que les traitements transforment les gens en zombies.Ces préjugés blessent.
Ils isolent.
Ils tuent parfois.C’est pour cela que je prends la parole :
pour casser les clichés,
pour expliquer,
pour humaniser cette maladie.C’est pour ça que je veux m’engager contre les stéréotypes, pour parler de cette maladie comme elle est vraiment : une pathologie complexe, sérieuse, mais pas une condamnation.
Ce que je veux dire aux personnes concernées
Si tu es atteint(e) de bipolarité :
➡️ tu n’es pas seul(e).
➡️ ce diagnostic n’est pas une fin.
➡️ tu peux retrouver une vie stable, douce, heureuse. Nous pouvons aimer et être aimé auprès de la bonne personne qui vous apportera confiance et amour. L’amour n’est pas impossible
➡️ appuie toi sur les bonnes personnes.
➡️ ne t’isole pas.
Aux proches :
➡️ soyez présents.
➡️ observez les signes.
➡️ soutenez sans juger.
➡️ intéressez-vous à la maladie.
➡️ vous pouvez littéralement sauver une vie.
Ma phrase, celle qui me guide aujourd’hui
« S’accrocher, garder espoir et toujours être courageuse.
La maladie n’est pas une brisure ou une interdiction au bonheur. »
Ressources utiles – Bipolarité:
Lignes d’écoute : 3114 (suicide), Fil Santé Jeunes, SOS Amitié
Psycom – Comprendre la bipolarité
Fondation FondaMental – Informations scientifiques et outils
UNAFAM – Aide aux familles
HAS – Trouble bipolair : repères diagnostiques
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Dernières modifications le 5 décembre 2025 par Jérémy


C’est pas facile la bipolarité, bravo pour votre témoignage Marion
Oui c’est vrai, merci pour elle 🙂